Thérapies par Réalité Virtuelle

L’immersion dans la réalité virtuelle

Pour plonger dans la réalité virtuelle, le client est équipé d’un casque de réalité virtuelle sur les yeux. Il est alors guidé par le thérapeute dans des environnements en 3D qui vont l’exposer à sa phobie ou à sa source d’anxiété : pièce fermée pour les claustrophobes, pont suspendu pour les acrophobes, métro, avion, conduite sur l’autoroute, araignée, serpents…

Mais à la différence de la vie réelle, quand ce genre de situation est source d’angoisse, ici, comme par touches successives, il est accompagné pas à pas par son thérapeute qui le guide en relaxation, en état proche de l’hypnose, pour apprendre ou réapprendre au cerveau que cette situation peut s’appréhender en toute confiance. Il s’agit d’une désensibilisation, un ré-apprentissage dans la douceur pour retraiter l’information au niveau du cerveau.

Oui, cette araignée est horrible mais elle ne va pas vous attaquer.

Oui, ce pont est très haut, mais avec les barrières aucun danger de tomber.

Oui, le métro c’est stressant, mais des millions de gens le prennent tous les jours et en ressortent indemnes.

Etc, etc.

Au fil des séances, le client reprend confiance en ses capacités à affronter des situations parfois anodines qui l’empêchaient de vivre pleinement sa vie et de partager des activités du quotidien.

Et si vous décidiez de ne pas laisser vos peurs dicter votre vie ?

 

Grâce au développement des technologies numériques, il est aujourd’hui possible de traiter de nombreux troubles grâce à la réalité virtuelle. Cette thérapie comportementale et cognitive 2.0 connaît un vif succès auprès des patients et pourrait, demain, venir en aide au plus grand nombre. Explications.

La réalité virtuelle pour soigner les troubles psy

 

Quels types de troubles peut soigner la thérapie par réalité virtuelle ?

Eric Malbos est médecin praticien en service de psychiatrie à Marseille, spécialiste du traitement par réalité virtuelle.

Eric Malbos : Elle est préconisée dans le traitement des troubles anxieux, qui incluent les phobies mais aussi le trouble anxieux généralisé ainsi que les troubles obsessionnels. On l’utilise également dans le cas du stress post-traumatique, c’est le prochain protocole que nous allons expérimenter au Centre Hospitalo-Universitaire de la Conception à Marseille, pour venir en aide aux vétérans français de la guerre d’Afghanistan. Mais la thérapie virtuelle ne se cantonne pas qu’à ces domaines puisque nous l’utilisons également dans l’aide à l’arrêt du tabac. Des équipes médicales mènent des expérimentations sur son intérêt dans le cadre de la schizophrénie, pour lutter contre les syndromes de persécution, mais ce ne sont encore que des recherches.

Quel est le principe de la thérapie par réalité virtuelle ? Comment se déroule une séance ?

Eric Malbos : Nous ne plongeons pas le patient en réalité virtuelle immédiatement. Pour commencer, nous déterminons avec lui quel est son problème exact, par exemple le type de phobie dont il souffre ou le degré de son anxiété. L’objectif est que la personne comprenne mieux son trouble. Nous lui apprenons également des techniques de relaxation et de respiration qui lui seront utiles pour gérer sa réaction face à ses peurs. Plonger quelqu’un, qui n’aurait pas suivi ces séances préalables, dans la réalité virtuelle serait complètement contre-productif et ne déboucherait que sur un état de panique.

Ensuite, il s’agit d’exposer la personne, grâce à un casque de réalité virtuelle, à sa phobie ou à ses peurs. Cela se fait de façon particulièrement douce car nous pouvons contrôler les paramètres et faire en sorte que l’exposition soit progressive. Par exemple, pour un phobique de l’avion, les possibilités d’expositions sont multiples. Un avion en réalité virtuelle peut être plein, à moitié plein, vide… Si la personne a besoin de rentrer et sortir de l’avion, nous pouvons le faire, de même pour celles qui ont peur du décollage : en une séance il est possible d’en faire 10 à la suite. De même pour quelqu’un qui a la phobie du sang, ou des araignées, on l’immergera dans un environnement où il sera mis en contact par étape avec sa peur. Et cela fonctionne pour toutes les phobies car à partir du moment où l’on peut créer ce que l’on veut, on peut potentiellement toutes les traiter. On procède de la même façon pour les anxieux, nous les exposons à travers la réalité virtuelle à des situations qu’ils jugent stressantes ou anxiogènes.

Quelle est la différence entre cette approche virtuelle et celle d’une thérapie comportementale et cognitive classique ?

Eric Malbos : La thérapie virtuelle s’inscrit pleinement dans le cadre des thérapies comportementales et cognitives (TCC), les principes sont les mêmes. La différence, c’est qu’en TCC classique pour traiter une phobie, par exemple, le patient est confronté à la réalité. L’avantage de la thérapie virtuelle est qu’elle est moins brutale qu’une exposition réelle qui peut être parfois trop dure pour les patients. Mais il y a aussi une question de difficulté à reproduire certains cas. Dans le cadre d’une phobie de l’avion, en temps normal, on ne peut rien contrôler quand à la durée du vol, ses conditions… alors qu’en réalité virtuelle, tout est possible. Ce contrôle total de l’environnement couplé à la progressivité de l’exposition est un vrai plus par rapport à une thérapie classique, ce qui explique un taux de réussite de 80 à 90%. Même si le degré d’immersion varie en fonction des personnes, certaines vont le vivre très intensément, d’autres gardent un certain recul face à l’effet « jeu vidéo », dans tous les cas le traitement à valeur d’expérience ou d’entrainement préalable à une confrontation à la réalité.

Les avantages sont également ceux du temps et de l’économie. Une séance de thérapie virtuelle dure entre 30 à 40 minutes, tandis qu’en TCC classiques, si vous accompagnez le patient phobique ou anxieux en voiture ou dans le métro, la séance va durer 3 heures, voir plus. Or très peu de patients peuvent payer un thérapeute pour une session aussi longue.